un monde virtuel ... et débile

Ce matin, un matin comme les autres, à la radio, un bruit de fond, de journal d'information en rubrique économique, le rien remplace le néant, des gens causent dans le poste, sans conviction, sans but. Et des millions de fantômes n'écoutent même pas. A peine l'oreille se dresse-t-elle à l'écoute des résultats du PSG ou de la scène d'horreur en Birmanie, des millions de gens touchés... ça nous rappelle le tsunami ça, dis donc comme c'était affreux, les pauvres gens tout de même.

Mais tout ça est virtuel, le monde qui est le nôtre est virtuel.
Rien n'a d'influence sur rien.

Premier exemple : l'allongement de la durée du travail, on repousse l'âge de la retraite.
Ca veut dire quoi en réalité ? On prend un chiffre : les français, c'est 60 ans, les Danois, c'est 65 ans, les lapons, c'est 256 ans et les japonais, c'est 812 ans. Autant dire que sur une échelle de 13 à 45, et je préfère prendre large, de 13 à 44 on nous prend pour des jambons, et à 45 on nous fûme comme des jambons (un bon point à celui qui me donne la référence utilisée ici).
On nous dit dans le poste, il faut allonger la durée du travail, on vit plus longtemps alors donc, c'est logique. On nous dit également que bon faut faire gaffe, paske mine de rien les français sont parmi les plus productifs au monde, ça, inutile de dire que ça regonfle le moral ! Putain, plus productife qu'un américain ou qu'un Allemand !!! Ha ha !!!

Mais pour produire quoi au juste ?

Du PIB.

Ah mais euh, papa, c'est quoi du PIB ? Ca se mange ?

Euh non, le PIB, c'est compliqué, c'est comme la constitution européenne tu vois, c'est complexe, tout ce qu'on sait, c'est que les anciens nous ont toujours dit qu'il fallait qu'il augmente ce PIB.

Mais pourquoi ?

Ah ça, c'est facile, plus de PIB, ça veut dire plus de bonheur, vois-tu c'est mathématique... croissance = bonheur. Par exemple, quand tu est arrêté au feu rouge dans ta grosse bagnole, coincé comme un rat dans les embouteillages du matin, que ton moteur crame du pétrole dans le vent, tu produit du PIB, c'est pas beau ça ? Et du coup, avec ton pot d'échappement, tu fabriques du bonheur !

Alors, il va juste falloir que nos vieux bossent plus longtemps... c'est mathématique, on a compté avec des machines à compter, faut qu'ils bossent.

Mais pour fabriquer quoi ?

Mais ON S'EN FOUT !
Fabriquer ... c'est dépassé ça comme notion. Nous on est un pays évolué, on ne fabrique plus, on est virtuels, on est dans le tertiaire, dans des bureaux, dans le service, tout ça... Il faut avant tout que les vieux aient une activité, un patron, un salaire, et qu'ils consomment. Mais on se fout royalement du sens de tout ça, on se contente de compter.

Deuxième exemple : le prix du pétrole explose.
Quelle réflexion là dessus ? En gros, ce qui ressort de tout ça, c'est qu'il va falloir payer plus pour son plein, mais à priori ça ne remet rien en cause. Les pubs pour les gros 4x4 n'ont jamais été aussi nombreuses et de fait, les 4x4 non plus. Dans ce monde virtuel, ce qui nous préoccupe, c'est le chiffre du prix du pétrole. Inutile de dire que si son prix n'avait pas commencé à partir en live, bon nombre de questions n'auraient jamais été soulevées. On fait des comptes, on calcule le rendement des agrocarburants, on calcule la superficie nécessaire à leur essor. Mais on ne sais pas pourquoi. On ne sait pas pourquoi on a tant besoin d'énergie, tant besoin de bouger, de prendre une semaine à 3000km pour voir une plage à la con dans un hôtel à la con. On ne sait pas pourquoi on importe des tomates, ni pourquoi on en exporte. Tout ça n'a aucune importance. Tout ça obéit à des règles tacites. On est priés de produire plus, d'engraisser le PIB.

Et tout ça, figurez vous que ça s'appelle la croissance.
Et je vous propose un florilège au sujet de la croissance, et de son ennemi juré : la décroissance.

Parce qu'à un moment donné, il va falloir arrêter de compter, d'empiler des chiffres et commencer à se retourner en se demandant "pourquoi". Ce que je fais, ce que nous faisons en tant que pays, en tant que nation qui prétend avoir un gouvernement, a-t-il un sens ?
Le sens de la croissance sans fin, quel est-il ?

Pour illustrer tout ça, je vous conseille la lecture de ces quelques petites choses :

Le WWF affirme que Cuba est le seul pays orienté vers un développement durable

Castro avait-il raison au sujetd es agrocarburants ?

Rappelez vous il y a déjà quelques temps, Castro mettait les pays développés en garde contre les dangers - désormais avérés - des agrocarburants sur l'économie et la nourriture au niveau mondial.

On verra ensuite venir de magnifiques exemples de productivité par homme et par hectare, donnés par les agriculteurs expérimentés et bien organisés des Etats-Unis : le maïs transformé en éthanol, les résidus de ce maïs transformés en fourrage pour le bétail, avec 26% de protéines, et les excréments du bétail utilisés comme matière première pour la production de gaz. Mais naturellement tout ceci ne pourra intervenir qu’après des investissements considérables qui ne seront à la portée que des entreprises les plus puissantes, pour lesquelles tout fonctionne à partir de la consommation d’électricité et de combustibles. Appliquez la recette aux pays du tiers monde et vous verrez combien de personnes cesseront de consommer du maïs parmi les populations affamées de notre planète. Ou pire encore : octroyez des prêts financiers aux pays pauvres pour produire de l’éthanol de maïs ou de tout autre denrée alimentaire et il ne restera plus un seul arbre pour protéger l’humanité du changement climatique.
Et qui s'amuse avec l'économie des pays pauvres ? Qui leur impose des réformes structurelles ? Qui leur dicte de laisser tomber leur agriculture vivrière pour produire nos fruits , notre chocolat, notre café et j'en passe... ? Qui profite de la destruction des forêts d'amazonie au profit de plantation fourragères exportées vers l'europe ?
Mais tout ça est virtuel pour nous, seul importe le prix de la tablette de chocolat ou du steak, ce qu'il y a derrière nous importe peu, au pire, on est content de voir marqué "équitable" dessus... mais ses soucie-t-on de savoir si les millions de tonnes de viande produite et consommée en France sont "équitables" ? équitables pour qui ? comment ? et pour l'environnement, c'est équitable ?

Au nom de la liberté de faire tout et n'importe quoi, plus rien n'a de sens, nous vivons dans un monde virtuel détachés de toute conséquence, nos actes se résument aux chiffres de ce que nous consommons. La plupart d'entre nous ne produisent rien, nous participons simplement à la croissance, celle des déchets et de la destruction. Mais l'esprit tranquille, car nous sommes libres, car nous sommes riches.

Nous n'avons pas de but, parce que depuis bien longtemps nous servons celui de nos maitres, les capitalistes, tout en espérant devenir à notre tour des capitalistes, en caressant l'idée que notre chiffre à nous sera toujours plus gros que celui du voisin...

Allez, il est temps d'aller pleurer sur le sort des Birmans, on commençait à en avoir un peu gavé de ces boulets de Tibétains.

7 comments:

Anonymous said...

Certes, collectivement, nous avons le pouvoir de changer cette croissance sans but.

Mais individuellement, et je suis bien désolé de devoir l'admettre, il faut bien payer son loyer, et bouffer, et se divertir parce que cette société est tellement déprimante.

Alors, soit. Stop à la croissance à tout va. Mais moi, je fais comment pour payer mon loyer si je ne peux plus aller au boulot en bagnole ?

Tout ça pour dire que c'est facile de dénoncer les problèmes. T'inquiètes, moi aussi je parviens aux mêmes conclusions que ton article. Mais les résoudre est une autre paire de manche. Et toute la bonne volonté du monde ne suffira pas à se battre contre la réalité. Malheureusement. Il faut donc une volonté politique, et aussi scientifique. Car, la croissance, si on veut, on peut la rendre écolo, "durable", comme on dit. En embauchant des chercheurs pour créer des voitures propres (solaires, par exemple), en donnant du boulot à des techniciens dans les énergies renouvelables, la gestion durable de l'eau dans les pays pauvres...


Bref, je ne crois pas à la décroissance. Mais je ne crois plus à la volonté politique de mettre en oeuvre une croissance qui ait un sens. Car elle est possible.

Anonymous said...

Pardon, j'ai cliqué trop vite sur "publish" ;-)

Je disais donc : elle est possible, la croissance qui a un sens.
Mais les gens du commun, le peuple "d'en bas" a trop à faire avec ses problèmes, qui ne sont pas si virtuels que ça. Tu sais, moi j'ai un salaire de technicien (pas si élevé; donc), et je rame pour la bouffe et le transport. On ne va pas vivre d'air pur et d'eau fraiche !

Par intérêt ou par lâcheté, voire par incompétence, es dirigeants que nous avons élus nous ont laissé couler, ont mis à bas notre moral, et nos marges de manœuvre, ils ont favorisé l'apparition d'un individualisme basé sur l'insécurité (physique, alimentaire, affective, sociale...).
Ils sont seuls à avoir entre les mains les outils qui permettraient à cette "croissance juste" d'exister. Mais ils préfèrent, par intérêt, par lâcheté, ou encore par incompétence, en rester à de vielles recettes, coller des rustines sur des pneus poreux.

La solution n'est pas la décroissance. La solution, c'est une prise de conscience populaire, une "grève générale", la redistribution des pouvoirs vers ceux qui veulent changer les choses et en ont le courage.

La décroissance est aussi lâche que la croissance financière sans but.
C'est une fuite en arrière, là où les financiers nous poussent vers une fuite en avant.

La solution est autre. Elle passe par la connaissance scientifique, par le courage politique, et une remise à plat des fondements du pouvoir.

Désolé si j'ai été long.
Et ne cherche pas à me mettre dans une catégorie politique, j'essaie d'éviter à tout prix ces cases archaïques.

En espérant avoir servi à quelque chose dans ce débat.


PS :
Pour l'instant, j'agis à mon petit niveau, car tout seul, je ne peux rien contre le système. Mais j'entends bien que la colère monte, j'attends mon heure... Si elle vient un jour. Sinon, tant pis. Tant pis pour eux.

coco_des_bois said...

Attention, je ne me bats pas ici pour la "décroissance", pour une raison bien simple, parce que je n'ai pas les connaissances suffisantes dans tous les domaines requis pour poser une réflexion assez poussée.
Mais je pose la question du sens.

Je ne pense pas du tout que l'on puisse rendre la croissance "durable", parce que par définition, la croissance demande toujours plus. Ou alors on imagine que plus d'êtres humains vont pouvoir continuer à vivre toujours plus nombreux dans un environnement toujours plus pauvre en ressources... faut pas être un scientifique de renom pour voir que ça ne va pas marcher !

Donner du boulot à des ingénieurs pour fabriquer des voitures propres ??? MAIS POURQUOI ? pourquoi fabriquer ces bagnoles ? Je ne dis pas qu'il faut arrêter tout ça tout net, maintenant (même si je le pense) car comme tu le dis, les réalités de notre société nous imposent certaines réalités économiques à commencer par "je dois bouffer". Mais le fait est que l'on ne nous explique jamais en quoi ce mode de société est insoutenable.

Personne ne pourra m'expliquer en quoi le fait d'avoir deux bagnoles par foyer est une avancée, un progrès. En quoi des milliers de kilomètres d'autoroutes augmentent notre bonheur... et par conséquent, personne ne pourra m'expliquer l'utilité de créer toujours plus de bagnoles propres...

"La décroissance est aussi lâche que la croissance financière sans but.
C'est une fuite en arrière, là où les financiers nous poussent vers une fuite en avant."


Désolé cette phrase ne veut rien dire du tout... Parce que ta croissance durable, c'est du pipo, les plus riches continueront à s'engraisser au nom de cette nouvelle vertu, du développement durable, et les efforts seront toujours demandés aux plus pauvres.

Moi je pense que se demander si notre société a un sens, c'est se demander si les inégalités de salaire sont normales dans un pays qui proclame "liberté égalité". Un salaire de 300 fois le smic n'a aucun sens par exemple. Une bagnole qui va à 300km/h ça n'a aucun sens. Un camion qui ramène des tomates en france en hiver, ça n'a aucun sens.
Mais essaie de remettre ce genre de choses en question, on est très loin du "développement durable" pour ne par parler de décroissance.

La science a donné le meilleur mais aussi le pire, elle a détruit notre agriculture, et se reposer sur la science est désespéré. Et en fait c'est surtout un mensonge., à l'image des OGM, que l'on nous présente comme une solution scientifique alors que c'est la continuité du désastre organisé dans l'agriculture.

Tu sais, la très grande majorité des gens qui se tournent vers une "décroissance" personnelle ne roulent pas sur l'or, ils en ont juste assez de faire partie d'une société de "consommation". C'est con à dire, mais à l'heure où on fait des émissions débiles autour de mai 68, c'était déja une réflexion à l'époque.
On peut le tourner comme on veut, mais la consommation... consomme, les ressources, et de façon irrécupérable.

A notre niveau, nous n'allons rien changer, et je ne prône pas un retour en arrière, ça ne veut rien dire, c'est un argument de pure rhétorique. Mais nous devrions avoir notre mot à dire, nous devrions faire partie de notre propre société, et ce n'est pas le cas. Toi tu parles d'une grève générale, mais je pense que tu veux plutôt parler d'une sorte de révolution, car même générale, elle ne remettra jamais rien en cause.
De plus, personne aujourd'hui dans nos dirigeants ne s'intéresse aux problèmes d'environnement, personne ne colle des rustines, bien au contraire. Nos dirigeants détruisent et continuent à détruire, ils sont toujours dans le toujours plus. L'exemple des agrocarburants est évident, cette stupidité ne répond qu'à un seul impératif, le profit.

Mon travail n'a aucun sens, comme celui de millions et de millions de gens, notre société n'a pas de sens, son seul but est d'accroitre les profits privés. point.
Et ça, de toute façon, ça ne pourra pas continuer. En revanche, nous ne nous débarrasserons pas facilement de toute la noblesse financière qui accapare les ressources et détruit les humains.

L'écologie est fondamentalement anti-capitaliste, anti-libérale, contre les profits, contre les privatisations... etc. Alors sans un éclatement du système, il n'y a pas à mon avis d'issue.

bref, merci beaucoup pour ta participation ! :)

Léo said...

Le problème du "réalisme économique" est qu'il s'est inventé sa propre réalité. On a un système, totalement artificiel (l'économique de marché, ça s'appelle), qui se substitue à la réalité physique de notre environnement. D'une part, on spécule, c'est à dire qu'on va créer (ou détruire) de l'argent, mais cet argent n'est que virtuel, rien ne l'oblige à correspondre à un bien ou un service. On fait par exemple grimper le prix d'une entreprise sur un effet d'annonce, mais l'entreprise a toujours le même nombre d'employés, produit toujours autant... Résultat : tout se solde dans des crises économiques, comme maintenant.

Ensuite, pour maintenir en place ce système, on a besoin de croissance. De s'enrichir plus. Donc de créer non seulement plus de biens, mais aussi de créer le besoin qui fait que les gens vont consommer : besoin de changer de portable tous les ans, besoin d'acheter une nouvelle télé plus grande... Quand on y regarde de près, tout ce qu'on achète maintenant ne dure que 2, 3 ans, quand autrefois on faisait durer un produit pendant 20 ans. C'est bon pour la croissance, bon pour l'économie, mais ça nie totalement la réalité matérielle du monde : il n'y a pas assez de ressources pour que tout le monde vive comme un (aisé) occidental.

La croissance a forcément des limites, on ne peut pas la pousser encore et encore. Si la croissance française est faible, c'est peut être aussi parce qu'on a atteint un point ou on ne peut plus aller au delà.

Je me souviens d'un article lu dans le Courrier International : chercher la croissance, c'est un moyen d'éviter à avoir à se pencher sur la redistribution des richesses. Nul besoin que les quelques nantis cèdent leurs acquis, il "suffit" que l'on travaille plus pour gagner plus, et que les plus pauvres puissent à terme rejoindre le club. Cette vision n'est en aucun cas réaliste, d'autant plus que le bonheur ne correspond absolument pas à la taille de sa télé ou à la puissance de sa voiture.

Plutôt que de vouloir gratter à tout prix le moindre point de croissance, on devrait se pencher sur ce qu'on a déjà : il y a sans doute suffisamment pour permettre à chacun de vivre décemment, encore faut-il partager.

Alexandra said...

Bonjour Coco,
Je te lis régulièrement avec plaisir...

Je ne sais pas comment j'ai pu laisser passer ça :

Autant dire que sur une échelle de 13 à 45, et je préfère prendre large, de 13 à 44 on nous prend pour des jambons, et à 45 on nous fûme comme des jambons (un bon point à celui qui me donne la référence utilisée ici).

C'est pas faux. ;-)

coco_des_bois said...

Alexandra t'as un bon point !
Bravo :)
et une bise !

emcee said...

Salut, coco,
Je suis venue lire (plusieurs fois, même) ton texte pour y poster qqch d'intelligent ;), mais, en fin de compte, le temps de tout lire, je ne trouvais rien à ajouter, tellement il est fouillé. Et que je suis d'accord avec toi.
Cuba? écolo? Ce n'est pas cette petite île minable où survit tant bien que mal un dictateur féroce?
Bon, les US ont bon espoir, Cuba va enfin s'ouvrir à la liberté, suivant le modèle de leur grand voisin qui a tout bon et qui se fait un point d'honneur de défendre les libertés partout dans le monde, malgré un peu de casse parfois, due à la réticence des populations locales d'être libérées. Obscurantistes, va!
Vivement que les Cubains puissent enfin s'acheter les Ipods, téléphones portables et autres consoles de jeux pour autistes, clés du bonheur sur cette terre.