Mais que voulez vous que je vous dise ??

Depuis quelques que temps j'ai fait le grand saut, c'est à dire que je suis passé du côté nord américain... Nononononon ne vous méprenez pas je ne me suis pas égarée autant que ça, je suis juste partie vivre un peu au Canada, et mes convictions sont les mêmes. Et puis après tout c'est quand même aussi le pays de Naomi Klein (No Logo)....

Alors il faut savoir que le Canada a des troupes en Afghanistan. Il y a peu, une nouvelle a attiré mon attention, parce qu'elle était balancée comme ça sur les panneaux d'affichage du Métro. Parce qu'il y a des panneaux dans le métro qui diffusent alternativement des infos, des pubs et des remue-méninges (des devinettes). Je passe sur ce que m'inspire la mise en scène décrite ci-dessus, et sur le caractère laconique de ces nouvelles : la panneau n'est pas très large, alors on obtient un effet France Info : raccoucis, approximation, donnant lieu à interprétations multiples.

J'en viens donc à la nouvelle : un soldat canadien s'est suicidé... Argh. Je passe sur les reportages sur ses funérailles (les siennes et celles des autres morts au combat, cela rapellera un certain billet de ce blog sur les soldats américains), qu'on peut aussi voir dans le métro. Heureusement car sans télé, je serai bien en peine de suivre ce débat national, car il faut rendre justice aux canadiens : tous ne sont pas favorables, loin de là, à ce déploiement.

Ma première réaction n'a pas été très humaine : bah quoi, je vais pleurer sur un mec qui a signé un papier pour aller buter des ennemis de la nation ?? C'est lui qui a voulu y aller, nan mais dit. J'vais pas chialer sur un militaire...

Et ensuite il ya eu les articles... Dont celui-ci.
Une guerre vaut-elle le suicide d’un seul soldat ? : Le prix à payer pour une guerre

L’état de stress post-traumatique (ESPT) se traduit aussi par l’incapacité d’une personne à fonctionner adéquatement en société ou au sein de sa famille, c’est-à-dire qu’elle vit, entre autres, de l’instabilité à l’emploi, des conflits de couple pouvant conduire au divorce, des tensions familiales et de la difficulté à assumer le rôle de parent.

En 2005, non moins de 83 soldats américains ont mis fin à leurs jours. Ils étaient 67 en 2004 et 60 en 2003, l’année de l’invasion de l’Irak. Est-ce le prix à payer pour accomplir son devoir de soldat ? La situation vaut pour toutes les armées du monde.

Cet article est surement pacifiste, mais il est tellement pathétique en même temps. A la Full Metal Jacket, on apprend à quel point la guerre rend les pauvres soldats complètement gagas. Eh quoi, ça vous étonne ?? Je n'ai jamais compris comment on pouvait gober tout cru un message de propagande, je n'ai jamais compris comment on pouvait s'engager dans l'Armée, je n'ai jamais compris pourquoi il n'y avait pas plus de désertion devant le constat des atrocités commises.

On donnera quand même un petit bon point au ''journaliste'', qui prend la peine de mentionner les populations civiles, un petit peu.

Balancer une bombe sur une ville, que ce soit fait par un soldat ou un terroriste/rebelle, produit les mêmes conséquences : les civils meurent, les tensions et la haine augmentent, et ceux qui ont lancés la bombe vivent avec le spectre de leurs actes et chient dans leur frocs comme tout le monde. Faire partie de l'armée, ça donne l'impression à ces pauvres traumatisés que leurs actes de morts sont légitimes, car c'est, je cite : ''leur devoir de soldat''. Mais en quoi cela diffère du terrorisme ???

J'ai de la peine face à cette mort, mais face aux autres du même type, face à une vie perdue pour rien, face à la douleur des parents, cette douleur brute, exempte de toute justification. Juste l'animal qui perd sa progéniture, la femelle qui perd son mâle, le rejeton qui perd son père. L'absurde quoi. La ratiocination vient ensuite... Les proches justifieront comme ils peuvent pour se consoler...

Méditons donc plutôt sur ces deux interrogations, très différentes : une cause vaut-elle la mort d'un seul homme ? une cause vaut-elle la mort d'un seul innocent ? Je me garderai bien de répondre, c'est philosophiquement ardu. Mais c'est vrai que je me demande depuis toujours quel est le degré d'innocence d'un militaire.

5 comments:

coco_des_bois said...

Dis donc !
Content que le froid n'ait pas gelé les touches du clavier !

Particulièrement d'actualité quand on voit la hargne de Kouchner qui voudrait nous envoyer massacrer des Iraniens... enfin nous on le fait proprement, pas comme les canadiens, nous on balance des bombes à haute altitude, c'est courageux en plus !

cécile said...

Moi ce que j'en pense c'est que les mecs au début ils y croient c'est leur métier ! Et puis ils s'enlisent, comme dans toutes les guerres, de tout temps… Ils souffrent, ils tuent leurs frères (au sens large du terme) s'en rendent compte, se disent que la guerre c'est sale, puis se tuent ou désertent… Bon c'est peut-être plus compliqué que ça mais en gros…

cartapus said...

Oui Cécile, je comprends leur souffrance, très sincèrement, j'imagine solitude, humiliation du corps et de l'esprit (par ses pairs), sens de l'absurde et du gachis, impuissance (effet rouleau compresseur des politiques), héroisme contesté, honte aussi parfois et danger de mort permanent, qui rend paranoiaque... Ca doit traverser l'esprit même du plus con.
Et puis je suis toujours rattrappée par l'idée suivante : mais ils croyaient qu'ils allaient faire des couronnes de fleurs ?

Je connais personnellement un GI qui a fait l'Irak, accroche toi, après des études de journalisme. J'en suis restée comme deux ronds de flan quand il me l'a dit. Il est cultivé, a un des anglais les plus pur que je connaisse. Il y a été d'une certaine façon, pour approfondir sa connaissance du terrain sur ces questions là. Il a aussi compris sur le terrain...

Aujourd'hui, il est serveur dans un bar, il sort avec une de mes copines et il ne veut qu'une chose : la vie la plus tranquille du monde, un petit boulot, sa nana et danser. Il est adorable. Il te fait juste froid dans le dos quand il te raconte l'Irak et les comportement de survie qu'il a dû adopter.

A lui, j'ai pu demander : putain, mais qu'est-ce que t'as été foutre la-bas ?? Mais je n'ai pas été vraiment satisfaite de la réponse, en fait, je n'arrive pas à l'excuser, même s'il aura toujours son couvert à la maison.

cécile said...

Je pense qu'ils ne savent même pas ce qu'ils vont faire là-bas, s'ils le savaient vraiment ils n'iraient pas… Sûrement que l'envie de se battre fait partie des motivations (sinon…) J'en sais rien en fait !
De toutes façons pourquoi les guerres sont dégueulasses, c'est bien parce que les morts sont des innocents, des gosses, des vieux… Et que tout le monde interrogés individuellement préfère la paix…

coco_des_bois said...

J'avoue qu'on a l'image classique du mec sans thunes qui s'engage, mais là, c'est à se flinguer...
Mais perso, j'ai au moins une connaissance qui est pour la "guerre", c'est à dire pour balancer des bombes sur l'Iran...
:(